Une histoire fictive mais réaliste

Je vous présente Madame Marie. Mme Marie est enseignante à l’élémentaire en immersion française depuis trois ans. Elle adore enseigner. Elle adore ses élèves. Elle se voit enseigner plusieurs années encore.

Je vous présente Paul. Il est dans la classe de Mme Marie. Paul éprouve quelques difficultés à l’école. Il est particulièrement fragile en mathématiques. Et depuis un certain temps, il réalise que ses difficultés le distinguent des autres élèves. Il commence à perdre confiance comme apprenant.

Aujourd’hui, Mme Marie enseigne un concept de mathématiques. Tous les élèves ont la chance d’utiliser les réglettes pendant la leçon. La première classe est un succès. Les élèves manipulent et explorent. Ils sont engagés. Ils échangent en français. Mais dommage, la cloche sonne. À demain, les amis.

Le lendemain, Mme Marie reprend la classe de math là où elle s’était arrêtée, mais cette fois, sans les réglettes. M. Marc, un collègue, en a besoin pour sa leçon. Mme Marie adapte sa leçon et celle-ci se déroule principalement au symbolique. Et voilà que le niveau d’anxiété de Paul augmente. Il essaie de se rappeler les manipulations de la veille. Mais non, impossible. Il se sent démuni. Son niveau d’anxiété augmente et le paralyse. La panique s’ensuit. Le découragement s’installe. Mme Marie le remarque et se promet de rapatrier les réglettes pour la leçon du lendemain. Ah, mais non, M. Marc en a encore besoin...

La problématique

Les recherches ont démontré que les objets de manipulation en math ne sont pas une valeur ajoutée mais plutôt une valeur essentielle. En effet, ces objets (commerciaux ou faits maison) permettent de visualiser ce qui serait, autrement, très abstrait. Ils établissent le lien entre le concept et sa représentation symbolique. Par exemple, on peut discuter facilement des valeurs de position avec le nombre 4352 en le représentant avec le matériel de base 10. De plus, les objets de manipulation promeuvent l’engagement des élèves par le jeu libre et dirigé grâce à leurs formes, leurs couleurs et leurs grandeurs. Enfin, les objets de manipulation permettent à l’élève de généraliser. De simples jetons font l’affaire ici pour représenter des régularités.

La grande majorité des enseignants comprennent les nombreux avantages des objets de manipulation. Toutefois, la réalité dans les écoles présente des défis quant à leur usage :

Dans le cas de Mme Marie et de Paul, le défi est réel et commun dans nos écoles. Selon moi, le scénario idéal est simple en principe, mais peu évident dans certains contextes : chaque classe devrait être munie d’objets de manipulation en variété et quantité suffisantes qui y restent en permanence dans des boîtes ouvertes. Ceci permettrait à tous les élèves de les utiliser quand ils en ont besoin. Pour ce faire, l’enseignante a besoin de développer une culture qui encourage les élèves à utiliser les outils, sans jugement de la part des pairs, et ce, aussi longtemps que nécessaire. 

En conclusion

Je souhaite donc que toutes les « Mme Marie » puissent avoir accès aux outils dont les élèves ont besoin de même qu’à de la formation. Je souhaite que tous les « Paul » aient l’occasion d’apprendre et de comprendre en passant du concret à l’imagé et au symbolique, au rythme qui lui convient. Les rêves peuvent devenir réalité, me dit-on.

Pour ceux qui veulent en savoir plus, voici un document très accessible sur l’usage des objets de manipulation en mathématiques. Cliquer ici.

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