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Il s’agit bien plus que de changer une lettre—c’est en fait changer le paradigme

En apprenant et en enseignant le français comme langue seconde, je porte toujours une attention particulière aux mots qui ont des orthographes et phonologies semblables.  Ces mots incitent souvent des prononciations plus délibérées que d’habitude de ma part, pour m’assurer que je ne modifie pas le message que je veux partager. De temps en temps, ces petites fautes de prononciation sont pas mal amusantes—chevaux au lieu de cheveux, par exemple, mais d’autres fois, quand ma langue fourche, je me sens bien plus mal à l’aise.  Mon lapsus le plus agaçant est quand je dis « habilité » au lieu de « habileté » pendant mes discussions autour de la question des élèves en difficulté dans les cours de langue seconde, peu importe le programme.

Oui, le contexte définit le mot exigé à un moment précis, et le contexte peut clarifier la faute, mais si je suis en train de parler des paramètres du succès, il se peut que ce petit changement ne soit pas reconnu comme faute de prononciation.  Selon moi, la différence entre « habilité » et « habileté » est si énorme qu’elle est très pertinente à nos discussions des programmes d’immersion en tant que contexte inclusif.

Grâce aux recherches problématiques au sujet des élèves ayant des difficultés d’apprentissage en immersion pendant les années 1970s (les études de Trites et Price), notre attention était beaucoup fixée sur la question des « habilités » chez les élèves liées à un apprentissage brillant du français dans la classe d’immersion.  Il est bien connu (mais pas toujours très reconnu) que certains élèves étaient/sont encore exclus ou renvoyés des programmes d’immersion parce qu’on croyait / croit que les élèves n’avaient/ont pas assez « d’habilité » nécessaire pour « réussir » au programme, en dépit des recherches qui confirment qu’il n’y a aucun empêchement cognitif au bilinguisme (voir les études de Fred Genesee).  Souvent, il semble que la question de « capacité » considère la vitesse et l’aise de l’apprentissage de la langue comme preuve de la capacité de l’élève.  Si l’élève n’arrive pas à un point spécifique dans son apprentissage de la langue à la fin d’une année scolaire—ou si l’élève doit faire un très grand effort pour apprendre dans ce contexte, il faut commencer à débattre « le meilleur programme » pour l’élève, bien que de telles discussions ne se passent jamais dans le programme anglais, quand un/e élève vit des difficultés.

Qu’est-ce qui se passera si on abandonne cette fixation sur la langue comme « une habilité prédéterminée » et on essaye de la changer en une considération de langue comme« un habileté à faire croître » chez un/e élève ?  Carol Dweck (une chercheuse et psychologue aux États-Unis) vient de publier un livre au début de 2014 (basé sur ses recherches des gens qui ont atteint un succès) qui promouvait un changement de notre définition de succès.  Elle a découvert que les gens qui percevaient leur personnalité, leur intelligence, ou leur caractère comme des aspects fixes et rigides croyaient que leur succès (ou leur échec) était une confirmation de leur capacité.  Donc, si on (les parents, les enseignants, ou les administrateurs) croit que « l’habilité » d’apprendre une langue est héritée et prédéterminée, les élèves qui ont des difficultés « confirment » que le programme n’est pas pour tous et cette affirmation promeut la pratique de l’exclusion.  Je postulerais que ces élèves sont toujours dans une position désavantageuse dans la salle de classe. 

En revanche, Dweck a aussi découvert que les gens qui percevaient leur personnalité, leur intelligence, et leur caractère comme faisant partie des aspects plus dynamiques de leurs vie—et donc ouvert aux influences dans un contexte—la preuve de succès se trouvait dans une croissance, dans un développement.  Donc, si on considère la langue plutôt comme étant une habileté à développer chez tous les élèves, il est fort possible qu’on promeuve le contexte d’immersion plus facilement comme un contexte inclusif--un/e élève qui réussit est un/e élève qui fait du progrès, et pas un/e élève qui apprend rapidement et avec aise..

Je sais qu’il y a beaucoup d’enseignants qui essaient tout pour aider un/e élève à apprendre le français, mais je reconnais qu’il y a aussi une pression à « répondre » aux besoins.  Je pense qu’une discussion plus ouverte de la différence entre « l’habilité » et l’habileté » est nécessaire pour bien formuler une réponse à ces élèves et leurs besoins dans la salle de classe. C’est un changement plus profond qu’un changement d’orthographe, n’est-ce pas ? Je vous invite à participer à la discussion en laissant vos commentaires ci-dessous.

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Commentaires 4

Invité - Chantal Bourbonnais le vendredi 9 janvier 2015 15:39

Bonjour Katy

J'aime beaucoup la réflexion que vous faites "un/e élève qui réussit est un/e élève qui fait du progrès, et pas un/e élève qui apprend rapidement et avec aise.. C'est tellement vrai! Merci!

Bonjour Katy J'aime beaucoup la réflexion que vous faites "un/e élève qui réussit est un/e élève qui fait du progrès, et pas un/e élève qui apprend rapidement et avec aise.. C'est tellement vrai! Merci!
Invité - Denis Cousineau (website) le lundi 12 janvier 2015 16:11

Je suis bien heureux de lire tes propos. Je crois qu'en Ontario on travaille de façon ardue à revoir notre approche avec tous nos apprenants en FLS. Nouv souhaitons vraiment développer une approche inclusive et ouvrir des portes plutôt que de les fermer à ceux qui ne correspondent pas à un modèle pré-établis. Dans tous nos programmes on doit viser l'acquisition et le progrès. Avant de se stresser avec la qualité de la langue de nos apprenants nous devons leur permettre de l'acquérir dans un climat de confiance et d'inclusion.
Denis

Je suis bien heureux de lire tes propos. Je crois qu'en Ontario on travaille de façon ardue à revoir notre approche avec tous nos apprenants en FLS. Nouv souhaitons vraiment développer une approche inclusive et ouvrir des portes plutôt que de les fermer à ceux qui ne correspondent pas à un modèle pré-établis. Dans tous nos programmes on doit viser l'acquisition et le progrès. Avant de se stresser avec la qualité de la langue de nos apprenants nous devons leur permettre de l'acquérir dans un climat de confiance et d'inclusion. Denis
Invité - mitra le mardi 13 janvier 2015 20:27

Bonjour Katy,
J’ai très bien aimé la distinction que vous avez faite entre « l’habilité » et « l’habileté » . Je pense que ce qui est assez souvent négligé c’est de croire que le processus d’apprentissage de la langue seconde est le même que celui de la langue maternelle. C’est bien de considérer à enseigner le langage de contenu ou académique durant une nouvelle leçon, ce que d’ailleurs, plusieurs profs d'immersion font. Cela rend les élèves habiles à comprendre des sujets académiques. Mais, ce dernier est moins transférable à d’autres contextes. Tandis que comme suggère Cammarata et Tedick, (2000), si les profs enseignent le langage compatible au contenu, les élèves seront plus habiles de négocier des tâches d’apprentissage et d’interagir parce que ceci est plus de nature sociale et transférable à d’autres contextes.
Merci!

Bonjour Katy, J’ai très bien aimé la distinction que vous avez faite entre « l’habilité » et « l’habileté » . Je pense que ce qui est assez souvent négligé c’est de croire que le processus d’apprentissage de la langue seconde est le même que celui de la langue maternelle. C’est bien de considérer à enseigner le langage de contenu ou académique durant une nouvelle leçon, ce que d’ailleurs, plusieurs profs d'immersion font. Cela rend les élèves habiles à comprendre des sujets académiques. Mais, ce dernier est moins transférable à d’autres contextes. Tandis que comme suggère Cammarata et Tedick, (2000), si les profs enseignent le langage compatible au contenu, les élèves seront plus habiles de négocier des tâches d’apprentissage et d’interagir parce que ceci est plus de nature sociale et transférable à d’autres contextes. Merci!
Invité - Katy Arnett le lundi 19 janvier 2015 11:45

Merci à tous pour les réactions et les commentaires jusqu'à ce moment. Je suis tout à fait d'accord que le contexte est très important pour l'apprentissage--quoi que ce soit le climat de la salle de classe ou les appuis offerts aux élèves pour négocier les nouveaux aspects de la langue parmi le contenu--tout ce qui se passe autour de l'élève dans la classe ne peut pas être ignoré!

Merci à tous pour les réactions et les commentaires jusqu'à ce moment. Je suis tout à fait d'accord que le contexte est très important pour l'apprentissage--quoi que ce soit le climat de la salle de classe ou les appuis offerts aux élèves pour négocier les nouveaux aspects de la langue parmi le contenu--tout ce qui se passe autour de l'élève dans la classe ne peut pas être ignoré!
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Invité
vendredi 23 août 2019