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Faire bien communiquer la culture, c’est pouvoir vivre pleinement sa passion (y compris, bien entendu, son enseignement) en immersion!

Peter Heffernan, PhD (Université Laval, 1995) travaille comme formateur d’enseignants depuis 1982 à la Faculté d’ Éducation, University of Lethbridge en Alberta. 

Il me fait plaisir de pouvoir dialoguer avec vous, lecteurs potentiels, sur le sujet de l’intégration du culturel et de l’interculturel dans le cours d’immersion. Pourquoi d’abord? Effectivement, je partage ici ce que moi, je considère un billet d’amour (peut-être bien approprié ce mois-ci où nous célébrons la Saint-Valentin!). « Comment ça, un billet d’amour? », vous me demanderez. Eh bien, tout engagement (tout comme toute carrière engageante et engagée) se doit bien de commencer avec une graine sinon plein de passion, n’est-ce pas? Et, justement, en quoi consiste cette passion dont je parle? ...

Dans un petit article paru en 1992 (« Language learning remembered »), je me suis souvenu de ce qui m’avait amené où j’étais et à faire ce que je faisais dans ma vie. Je m’y suis rappelé que mon intérêt aux autres langues avait son origine dans une idée de découverte d’univers autres que celui où je suis né. Merci Dieu et merci, Denise, voisine de mon enfance, pour m’avoir permis cette belle première expérience d’ouverture de soi à autrui. Il faudra bien voir l’article si vous voulez en savoir plus sur le coup de foudre vécu dans cette affaire!

Jeune universitaire, j’ai lu pour la première fois le grand roman canadien, Deux solitudes, de Hugh MacLennan (1945). Et non pas longtemps après, le «Poème sépara-triste» de George Dor (1962). Et me suis rendu compte très pertinemment que je ne suis aucunement mathématicien car, pour moi, un monologue plus un monologue n’égalent et n’égaleront jamais ce qu’on convient pour appeler un vrai dialogue (Heffernan, 1988, « Why two monologues a dialogue do not make »).

Dans le vrai dialogue, on se communique; on se risque; on s’écoute mutuellement; on se rend transparent; on fait de son mieux de ne jamais être autre qu’authentique dans ses échanges et dans son partage de soi; et dans les dialogues qui arrivent à réunir deux esprits, on s’offre, se permet le compromis, et s’ouvre pleinement à l’autre, et ni l’un ni l’autre ne sont jamais et ne peuvent jamais être pareils par la suite. Il en est pour les couples; il en est pour les cultures en contact.

La véritable interaction interculturelle a lieu quand les deux partis s’engagent, se respectent et s’entre-écoutent. Le monologue brise le couple; et le monologue ne permet aucun échange interculturel. Pour cette raison, je dénigre l’idée d’hégémonie linguistique et/ou culturelle et propose plutôt la valorisation de plus d’un(e) afin de permettre le plein essor de tous (Heffernan, 2008; 2009). C’est ainsi que je refuse d’accepter la notion d’une seule langue dominante pour l’échange d’idées surtout dans le cadre de nos échanges en enseignement des langues et en linguistique appliquée (Heffernan, 2007; 2010). Dans la salle de classe, et spécifiquement dans le contexte du régime pédagogique d’immersion, ceci signifie que la langue française s’y enseigne renforcée d’un enseignement culturel le plus authentique possible. Une telle pédagogie du socioculturel n’est pas timide (Heffernan, 1995) et ne se limite ni aux stéréotypes ni aux demie-vérités culturelles mais se risque dans l’aventure de s’ouvrir pleinement à un autre univers (Heffernan, 2012). Discutons-en, si cela vous intéresse. Au plaisir de me mettre à votre écoute…

Quelques références pertinentes

Dor, George. (1962). «Poème sépara-triste», extrait de Chante-Pleure, Les Éditions ATYS.

Heffernan, P.J. (1988). “Why two monologues a dialogue do not make,” (guest editorial), The Courier:  Newsletter of the Alberta Modern Language Council, 26(4), December 1988, 1-2.

Heffernan, P.J. (1992) “Language learning remembered”, Alberta Modern Language Journal, 29(1), 16-19.

Heffernan, P.J. (1995). Les contenus culturels dans l’enseignement des langues dans les cours de langue seconde et maternelle destinés aux élèves anglophones et francophones canadiens (2 tomes). Québec, QC : Université Laval, (Ph.D., thèse de doctorat inédite), 620 pp.

Heffernan, P.J. (2007). “Globalizing curriculum and instruction by encouraging a breaking away from hegemonic discourse”. In L. Hufford & T. Pedrajas (Eds.). Educating for a worldview: Focus on globalizing curriculum and instruction”. New York, NY: University Press of America, 73-90.

Heffernan, P.J. (2008). « Un plaidoyer pour la publication en français », Journal de l’immersion 30(1), 32-40.

Heffernan, P.J. (2009). « Nous les formateurs et formatrices, quel message transmettons-nous par notre langue de dissémination? », NOTOS 9(2), 17-25.

Heffernan, P.J. (2010). “Languages at the precipice: Sustainability in a context of globalization”. In A. Galla & B. Cope (Eds.). The International Journal of Environmental, Cultural, Economic and Social Sustainability, Champaign, IL: Common Ground Publishing, 6(5), 119-131.

Heffernan, P.J. (2012). « Culture inauthentique, culture stéréotypée et culture authentique dans le cours d’immersion », in Journal de l’immersion, 34(1), 42-47.

MacLennan, H. (1945). Deux solitudes. Toronto, ON : McClelland & Stewart.

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L’évaluation de l’écriture des élèves de l’immersi...
 

Commentaires 7

Invité - Josée Clermont le mercredi 20 février 2013 00:00

Cher M. Heffernan,

C’est avec un réel plaisir que j’ai lu votre billet d’amour par rapport à la culture et l’interculturel. J’apprécie particulièrement votre comparaison de la véritable interaction culturelle avec la vie de couple à travers laquelle on réunit deux esprits, “on s’offre, on se permet des compromis” et que par la suite, nous ne serons plus jamais pareil.

Quelle coïncidence, je suis actuellement en train de lire “deux solitudes” de Hugh MacLennan en anglais, la seule version disponible ou j’habite. Quelle belle histoire qui témoigne bien de ces deux cultures qui vivent côte à côte avec des défis, mais aussi la richesse que cela offre.

Étant donné que je travaille dans le domaine de l’éducation, le concept d’interculturel me parait fondamental. On se confine parfois à donner aux élèves des expériences culturelles stéréotypées. Bien que celles-ci aient leur place, il faut aller plus loin. Ce qui importe c’est de permettre aux jeunes de vivre ensemble des activités en français que ce soit à l’école ou dans la communauté.

J’ai grandi au Québec dans l’ouest de l’ile de Montréal dans un village francophone humble entouré d’anglophones vivant dans des quartiers cossus. Je peux vous assurer que la différence culturelle y était flagrante! A cette époque, si on se mêlait avec « les Anglais » on n’était pas bien vu par les membres de sa communauté. Mon père voulait que ses enfants parlent anglais. Il avait insisté pour inscrire mes frères dans des équipes de hockey anglophone et moi dans les guides anglaises. Parce que je maitrisais déjà l’anglais à l’âge de 10 ans, il m'est arrivé de me faire traiter de traitre par des paires pour fréquenter l’autre! Mon père avait bien compris, lui, l’importance de marier les deux cultures. Aujourd’hui, je parle couramment trois langues et j’ai consacré ma carrière à la promotion du français en milieu minoritaire. Je lui en serai toujours reconnaissante.

Je termine en partageant les mots d’André ComteSponville : « d’espérer un peu moins et d’aimer un peu plus ». Je suis pleinement d’accord avec vous, M. Heffernan, qu’aimer sa langue et la culture, s’engager à la partager et à accueillir celle de l’autre, c’est une belle histoire d’amour à partager en ce mois de février!

Josée Clermont

Cher M. Heffernan, C’est avec un réel plaisir que j’ai lu votre billet d’amour par rapport à la culture et l’interculturel. J’apprécie particulièrement votre comparaison de la véritable interaction culturelle avec la vie de couple à travers laquelle on réunit deux esprits, “on s’offre, on se permet des compromis” et que par la suite, nous ne serons plus jamais pareil. Quelle coïncidence, je suis actuellement en train de lire “deux solitudes” de Hugh MacLennan en anglais, la seule version disponible ou j’habite. Quelle belle histoire qui témoigne bien de ces deux cultures qui vivent côte à côte avec des défis, mais aussi la richesse que cela offre. Étant donné que je travaille dans le domaine de l’éducation, le concept d’interculturel me parait fondamental. On se confine parfois à donner aux élèves des expériences culturelles stéréotypées. Bien que celles-ci aient leur place, il faut aller plus loin. Ce qui importe c’est de permettre aux jeunes de vivre ensemble des activités en français que ce soit à l’école ou dans la communauté. J’ai grandi au Québec dans l’ouest de l’ile de Montréal dans un village francophone humble entouré d’anglophones vivant dans des quartiers cossus. Je peux vous assurer que la différence culturelle y était flagrante! A cette époque, si on se mêlait avec « les Anglais » on n’était pas bien vu par les membres de sa communauté. Mon père voulait que ses enfants parlent anglais. Il avait insisté pour inscrire mes frères dans des équipes de hockey anglophone et moi dans les guides anglaises. Parce que je maitrisais déjà l’anglais à l’âge de 10 ans, il m'est arrivé de me faire traiter de traitre par des paires pour fréquenter l’autre! Mon père avait bien compris, lui, l’importance de marier les deux cultures. Aujourd’hui, je parle couramment trois langues et j’ai consacré ma carrière à la promotion du français en milieu minoritaire. Je lui en serai toujours reconnaissante. Je termine en partageant les mots d’André ComteSponville : « d’espérer un peu moins et d’aimer un peu plus ». Je suis pleinement d’accord avec vous, M. Heffernan, qu’aimer sa langue et la culture, s’engager à la partager et à accueillir celle de l’autre, c’est une belle histoire d’amour à partager en ce mois de février! Josée Clermont
Invité - Peter Heffernan le mardi 5 mars 2013 22:41

Chère Mme Clermont -

Votre histoire de votre jeune vie me rappelle un tout petit peu celle (humoristique) du 'Chandail' de Roch Carrier.
Parfois, très jeune, on ne s'inspire pas des petits esprits qui se renferment mais c'est eux qui s'efforcent de nous y renfermer avec eux. Heureusement que vous aviez un père qui voyait plus loin et plus large et que vous aussi vous aviez l'esprit ouvert à toutes les possibilités. Je crois que c'est Sartre qui a suggéré qu'il ne se connaissait vraiment qu'en connaissant autrui.
Moi aussi, j'ai laissé derrière moi la sécurité du connu pour aller vers et à la poursuite de l'autre et tout un univers large s'est ouvert devant moi. Jeune, je fus le seul signataire anglophone du document 'Les héritiers de Lord Durham', qui a fait (entre autres choses) beaucoup avancer la cause et la situation de la francophonie minoritaire au Canada. Toutefois, certains de mon milieu d'origine m'ont traité de faux francophone et de traitre pour mon engagement, tout comme vous avez vécu du similaire dans d'autres contextes. Heureusement, le dialogue remplace de plus en plus les deux monologues angophone et francophone canadiens. Peut-être que nous contribuons à notre manière à cet état de choses positif et en évolution continue.
Bravo à vous et bon courage dans ce que vous faites dans votre coin du pays!

Chère Mme Clermont - Votre histoire de votre jeune vie me rappelle un tout petit peu celle (humoristique) du 'Chandail' de Roch Carrier. Parfois, très jeune, on ne s'inspire pas des petits esprits qui se renferment mais c'est eux qui s'efforcent de nous y renfermer avec eux. Heureusement que vous aviez un père qui voyait plus loin et plus large et que vous aussi vous aviez l'esprit ouvert à toutes les possibilités. Je crois que c'est Sartre qui a suggéré qu'il ne se connaissait vraiment qu'en connaissant autrui. Moi aussi, j'ai laissé derrière moi la sécurité du connu pour aller vers et à la poursuite de l'autre et tout un univers large s'est ouvert devant moi. Jeune, je fus le seul signataire anglophone du document 'Les héritiers de Lord Durham', qui a fait (entre autres choses) beaucoup avancer la cause et la situation de la francophonie minoritaire au Canada. Toutefois, certains de mon milieu d'origine m'ont traité de faux francophone et de traitre pour mon engagement, tout comme vous avez vécu du similaire dans d'autres contextes. Heureusement, le dialogue remplace de plus en plus les deux monologues angophone et francophone canadiens. Peut-être que nous contribuons à notre manière à cet état de choses positif et en évolution continue. Bravo à vous et bon courage dans ce que vous faites dans votre coin du pays!
Invité - Sonia Gros-Louis (website) le mercredi 6 mars 2013 14:16

Je donne des prestations en français dans les écoles en Alberta concernant ma culture. Je suis Huronne-Wendat. Je suis enseignante au département des langues. Je travaille présentement pour l'Université de l'Alberta à Calgary. Mais ma passion c'est faire découvrir la richesse, la philosophie de mes ancêtres. Les thèmes exploités sont la Confédération iroquoise, les wampums, la loi sur les Indiens, les pensionnats, la Crise d'Oka, la roue médicinale, la spiritualité, les 13 lunes et surtout avant et après contacts... toujours en lien avec le programme des études sociales de l'Alberta. Si vous désirez connaître la version des Premières Nations sur l'histoire du Kanata, faites-moi, signe.
Onen,
Sonia

Je donne des prestations en français dans les écoles en Alberta concernant ma culture. Je suis Huronne-Wendat. Je suis enseignante au département des langues. Je travaille présentement pour l'Université de l'Alberta à Calgary. Mais ma passion c'est faire découvrir la richesse, la philosophie de mes ancêtres. Les thèmes exploités sont la Confédération iroquoise, les wampums, la loi sur les Indiens, les pensionnats, la Crise d'Oka, la roue médicinale, la spiritualité, les 13 lunes et surtout avant et après contacts... toujours en lien avec le programme des études sociales de l'Alberta. Si vous désirez connaître la version des Premières Nations sur l'histoire du Kanata, faites-moi, signe. Onen, Sonia
Peter Heffernan (website) le mardi 23 avril 2013 01:58

Merci, Kwe Kwe. Oui, ton histoire plus ancienne sur ce continent m'intéresse fort.

Merci, Kwe Kwe. Oui, ton histoire plus ancienne sur ce continent m'intéresse fort.
Invité - Marc-Albert Paquette le lundi 18 mars 2013 05:03

Je suis tout à fait d'accord avec vous: deux monologues ne font pas un dialogue!!

C'est pourquoi je favorise toujours dans mes classes les projets de correspondance. On a commencé avec les lettres sur papier, on est maintenant avec les courriels, les forums de discussions et les wiki, mais avant tout, c'est l'esprit de la démarche qui compte.

Je crois qu'en invitant les élèves à parler de tout et de rien, de leur groupe de musique préférée ou de ce qu'ils comptent faire pendant leurs vacances, on contribue, ne serait-ce qu'un tout petit peu, à briser les deux solitudes.

Je suis toujours enchanté quand un élève vient me demander pourquoi son correspondant a une tradition un peu différente. Je l'encourage alors à lui poser la question et c'est à ce moment bien précis que je sens le mur entre anglo et franco se fissurer et le dialogue commencer... pour vrai

Je suis tout à fait d'accord avec vous: deux monologues ne font pas un dialogue!! C'est pourquoi je favorise toujours dans mes classes les projets de correspondance. On a commencé avec les lettres sur papier, on est maintenant avec les courriels, les forums de discussions et les wiki, mais avant tout, c'est l'esprit de la démarche qui compte. Je crois qu'en invitant les élèves à parler de tout et de rien, de leur groupe de musique préférée ou de ce qu'ils comptent faire pendant leurs vacances, on contribue, ne serait-ce qu'un tout petit peu, à briser les deux solitudes. Je suis toujours enchanté quand un élève vient me demander pourquoi son correspondant a une tradition un peu différente. Je l'encourage alors à lui poser la question et c'est à ce moment bien précis que je sens le mur entre anglo et franco se fissurer et le dialogue commencer... pour vrai
Peter Heffernan le mardi 23 avril 2013 02:02

Merci, Marc-Albert. Les pratiques de tous les jours dont vous parlez font vivre la culture de l'autre ainsi que celle de soi-même. Et vous faites valoriser la sagesse des jeunes avec qui voius travaillez évidemment si bien.
Veuillex excuser le retard de cette réponse. Deux décès de proches au mois de mars et d'avril.

Merci, Marc-Albert. Les pratiques de tous les jours dont vous parlez font vivre la culture de l'autre ainsi que celle de soi-même. Et vous faites valoriser la sagesse des jeunes avec qui voius travaillez évidemment si bien. Veuillex excuser le retard de cette réponse. Deux décès de proches au mois de mars et d'avril.
Peter Heffernan le mardi 23 avril 2013 02:05

Merci aux amis de cette belle communauté des professeurs d'immersion. Vous faites changer le monde mille et mille fois plus positivement que ce que nous entendons aux nouvelles par les temps qui coulent. Continuez à faire votre bonne différence...

Merci aux amis de cette belle communauté des professeurs d'immersion. Vous faites changer le monde mille et mille fois plus positivement que ce que nous entendons aux nouvelles par les temps qui coulent. Continuez à faire votre bonne différence...
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mercredi 17 juillet 2019