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Évaluation de l'interaction orale : transformation de notre pratique d'enseignement du français

Il me fait un grand plaisir d’animer ce blogue pour le mois d’avril 2015.  

Il est très intéressant que Denis Cousineau, blogueur du mois de mars 2015, ait parlé de transition au niveau de notre enseignement du français langue seconde, notamment dans les programmes d’immersion française. Dans ce blogue, il est question de transition voire même de transformation pour ce qui est de l’enseignement et l’évaluation de la compétence de l’interaction orale (IO). Comme Denis Cousineau le mentionne, l’étudiant qui apprend le français langue seconde est avant tout un acteur social. 


Notre « déclic » pédagogique

Les examens internationaux ne sont pas LA réponse à tout, mais ils nous offrent l’occasion de se pencher sur notre pratique et d’évaluer ce que nous faisons relativement bien et ce que nous ne faisons pas ou pas assez avec nos étudiants. C’est ce qui s’est passé avec la venue du DELF dans nos commissions scolaires.  Évaluant les étudiants pour l’épreuve de l’oral interactif aux niveaux A2, B1 et B2, Monica Tang, une collègue, et moi avons remarqué des lacunes apparentes chez nos apprenants de français langue seconde. En réfléchissant à notre pratique, ce qui est ressorti comme étant évident est que la grande majorité de l’expression orale que nous évaluions dans nos classes étaient sous forme plutôt statiques telles que les présentations orales traditionnelles et des saynètes apprises par cœur.  Bien que ce type de  présentations orales ait une place dans les cours de langue seconde, il est devenu très clair pour Monica et moi que ce n’était pas des démonstrations de l’interaction orale spontanée. De là est partie notre projet d’intégrer davantage la composante orale interactive et son évaluation explicite dans nos salle de classe du programme d’immersion française et de français de base.

La mise en pratique

Dans nos classes respectives, Monica et moi avons créé des activités et nous avons exploré des stratégies d’enseignement explicite pour l’interaction orale. Nous avons également dû travailler au niveau de l’évaluation de l’interaction orale spontanée. Nous en sommes venues à mettre en pratiques des activités telles que les rencontres-éclair, les duels oratoires et d’autres types d’activités où les étudiants devaient démontrer leurs habiletés d’interaction à l’oral.

Nos découvertes et constatations suite à plusieurs essais et erreurs :

1)     Les étudiants d’immersion ont besoin d’un enseignement TRÈS explicite des outils et stratégies pour l’interaction orale spontanée (ex. : liste d’expressions pour commencer une conversation ;  liste de « phrases de sortie » ; liste de mot qui remplissent les temps morts d’une conversation plus naturelle (ex. : alors, bien, et puis, bon, enfin, etc.))

2)     La nécessité d’intégrer de manière systématique l’auto-évaluation des étudiants. Avec le support d’outils pratiques tels que l’enregistrement des oraux sur fichiers audio, il est maintenant très facile d’enregistrer les étudiants et de d’afficher leurs enregistrements sur des plateforme pédagogique en ligne pour que nous ayons accès à leur travail.  Il est devenu très clair que si nous ne donnons pas la chance aux étudiants de se réécouter et de développer leurs habiletés métacognitives, il a très peu de place à l’amélioration.

3)     Lors de l’auto-évaluation de l’étudiant, il est important de lui demander de reconnaitre d’abords les 5-6 aspects bien réussis  et ensuite de cibler 1-2 aspects précis à améliorer pour la prochaine interaction orale spontanée. L’évaluation ne doit pas être centrée seulement sur les erreurs, mais également les acquis de l’étudiant. Ceci est un facteur clé de motivation chez l’apprenant.

4)     Changer et/ou adapter les critères d’évaluation des présentations orales plus traditionnelles pour mieux évaluer les situations d’interactions spontanées.

5)     Les activités d’expression orale spontanée ne doivent pas être ajoutées à notre enseignement, mais intégrées. Il faut donc réviser quel type de travail à l’écrit sera dorénavant fait à l’oral interactif afin de mieux équilibrer l’enseignement et l’évaluation des compétences langagières (ex. : études de romans, critiques d’œuvres culturelles, discussions sur des enjeux d’actualités, etc.).

6)     Réfléchir à l’intégration de l’oral spontanée à d’autres matières que le français langue. Monica a eu la chance d’expérimenter avec succès dans les cours de sciences humaines, notamment pour des quiz de fin de chapitre faits à l’oral en petit groupe et bien sûr, enregistrés!

Notre moment « ah!!ah!! »

En favorisant l’enseignement explicite des stratégies de communication plus authentique en langue seconde, nous n’imaginions pas à quel point cela deviendrait un aspect motivateur de l’apprentissage du français chez nos étudiants. L’effet « surprise » de cette transformation de l’enseignement explicite de l’oral interactif et de son évaluation a été sans aucun doute le changement d’attitude de nos étudiants par rapport à l’évaluation dans les cours de Français Langue et aussi de Sciences humaines. 

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Commentaires 1

Invité - Monica Tang le vendredi 10 avril 2015 20:10

Merci Isabelle pour ce blogue! Depuis que nous avons collaboré sur ces activités d’interaction orale, je dois dire que les routines de tous mes cours en français ont subi des transformations incroyables! Une des belles conséquences de ces jeux de rôles est qu’ils ont un effet non seulement sur la motivation, comme tu le dis, mais à mon avis, aussi sur l’identité de l’apprenant. Si l’élève se sentait inadéquat et trop gêné pour communiquer avant, le mini-jeu de rôle (que ce soit sous format rencontre-éclair ou grand débat en fin d’unité) lui permet, même si ce n’est que pour quelques instants, de “jouer le rôle de quelqu’un d’autre” et supposément, ce quelqu’un serait bien plus confiant. Si l’élève ne se voit pas comme un “vrai bilingue”, le jeu de rôle lui permet de pratiquer à “jouer le bilingue” dans un environnement sécuritaire (qui est temporaire et où l’évaluation n’est pas sommative) jusqu’à ce qu’il croie qu’il est un “vrai de vrai”! Ces petits succès comme “acteur-locuteur” contribuent sans doute à la motivation.

Merci Isabelle pour ce blogue! Depuis que nous avons collaboré sur ces activités d’interaction orale, je dois dire que les routines de tous mes cours en français ont subi des transformations incroyables! Une des belles conséquences de ces jeux de rôles est qu’ils ont un effet non seulement sur la motivation, comme tu le dis, mais à mon avis, aussi sur l’identité de l’apprenant. Si l’élève se sentait inadéquat et trop gêné pour communiquer avant, le mini-jeu de rôle (que ce soit sous format rencontre-éclair ou grand débat en fin d’unité) lui permet, même si ce n’est que pour quelques instants, de “jouer le rôle de quelqu’un d’autre” et supposément, ce quelqu’un serait bien plus confiant. Si l’élève ne se voit pas comme un “vrai bilingue”, le jeu de rôle lui permet de pratiquer à “jouer le bilingue” dans un environnement sécuritaire (qui est temporaire et où l’évaluation n’est pas sommative) jusqu’à ce qu’il croie qu’il est un “vrai de vrai”! Ces petits succès comme “acteur-locuteur” contribuent sans doute à la motivation.
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vendredi 15 novembre 2019