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Des générations d’assimilation: mon voyage dans la francophonie

Un jour, pendant mes cours de langue française à une école d’immersion de Yellowknife dans les Territoires du Nord-Ouest (TNO), j’ai approché une de mes amies pour lui demander ce qu’elle faisait pendant la fin de semaine. Elle m’a répondu avec des yeux perplexes et m’a demandé: “Why are you speaking french?”

C’est à ce moment que je me suis rendu compte que ma passion pour la langue française, laquelle avait probablement pris racine dans l’héritage canadien-français de mon grand-père paternel, était unique pour une étudiante qui vivait une réalité dans la pédagogie immersive. Depuis ce moment, je me suis dévouée à la langue française.

Deux années après avoir terminé l’école secondaire, j’ai été approchée par le coordinateur de Jeunesse TNO, un organisme sous la Fédération franco-ténoise, pour siéger comme administratrice pour la Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF). Quand j’ai appelé ma mère pour partager la nouvelle, elle m’a demandé: “Do they know you’re an anglophone?”

À ce moment, ma compréhension de ce qu’un « anglophone » voulait dire, était vraiment différente de celle que j’ai aujourd’hui. Maintenant, je m’identifie très fièrement comme francophone et je vais vous dire pourquoi.

Trois années plus tard,  je continue toujours mon mandat comme administratrice et représentante du TNO au sein d’une communauté nationale de jeunes francophones. L’occasion de rencontrer des jeunes activistes, non seulement dans le domaine linguistique, mais aussi au niveau des autochtones, des droits des étudiants et droits de la personne, est une opportunité qui me tient à cœur.

C’est en septembre dernier que j’ai vraiment découvert mon identité francophone. J’étais au congrès de l’Association canadienne d’éducation de la langue française (l’ACELF) et après avoir parlé avec assez de francophones, j’ai commencé à réellement me poser des questions au sujet de mon propre héritage linguistique.

Mon grand-père, Joseph Brasseur, fils d’une femme Cajun et d’un homme québécois, vivait à Lampman, Saskatchewan. Il y avait d’autres francophones à Lampman, puis mon grand-père avait résisté à l’assimilation anglophone jusqu’au moment ou il a déménagé à Outlook à l’âge de 17 ans.

Outlook était une ville Norvégienne ou il y avait beaucoup de sentiments anti-francophones. Pour cela, mon grand-père a arrêté de parler français, puis a pris la décision de vivre le reste de sa vie en anglais pour éviter la discrimination linguistique. Il a rencontré ma grand-mère, une femme islandaise, et ensemble ils ont eu cinq enfants. À cause de la discrimination, quand mon père est né, on lui a donné un nom complètement anglophone: Garth.

Moi? Je me compte chanceuse d’avoir un nom qui signifie ma francophonie et je remercie mes parents pour cela; mes parents anglophones.Mon grand-père a perdu son français et par extension, mon père n’a pas eu l’opportunité de partager sa culture et son héritage linguistique avec sa fille: moi.

Aujourd’hui, je m’identifie comme francophone. Je me demande pourquoi les autres francophones m’expliquent la francophonie comme si le seul critère pour être francophone est d’avoir le français comme langue maternelle. Pourquoi est-ce que le succès du monde anglophone comme assimilateur décide de si je suis, ainsi que ma famille, francophone ou non? Je vous implore, s’il vous plaît, de réévaluer votre perspective de ce qu’est un francophone.

Sans l’école d’immersion, je n’aurais jamais eu la motivation ni pris l’initiative d’apprendre le français et de redécouvrir mon héritage. Je me bats pour le droit de parler et m’exprimer en français chaque jour et je n’ai aucun membre de ma famille qui m’aide.  Chaque moment, je dois résister l’assimilation anglophone. C’est déjà assez que je doive lutter contre cette guerre sans ma famille, j’aimerais que les autres francophones se montrent solidaires.

Si j’ai appris une chose de mon expérience en immersion, ainsi que dans mon travail d’activiste linguistique, c’est que la francophonie? Il y a beaucoup plus qu’une seule histoire.

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Il s’agit bien plus que de changer une lettre—c’es...
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Commentaires 6

Invité - Amber O'Reilly le dimanche 16 novembre 2014 01:50

Wow, Jacq! Merci beaucoup pour cet article réfléchi. L'assimilation générationnelle et l'éducation en immersion sont des réalités qui méritent d'être abordées sous un nouvel angle, comme tu m'as fais ici. Tu es une inspiration pour la francophonie ténoise et canadienne.
Amber O'Reilly

Wow, Jacq! Merci beaucoup pour cet article réfléchi. L'assimilation générationnelle et l'éducation en immersion sont des réalités qui méritent d'être abordées sous un nouvel angle, comme tu m'as fais ici. Tu es une inspiration pour la francophonie ténoise et canadienne. Amber O'Reilly
Invité - Pierre-Luc Lanteigne le mardi 18 novembre 2014 15:02

Way to go Jacq! Très intéressant et super pertinent! Continue ton beau travail, continue de défoncer des portes. C'est un privilège de te côtoyer.

Way to go Jacq! Très intéressant et super pertinent! Continue ton beau travail, continue de défoncer des portes. C'est un privilège de te côtoyer.
Invité - Chantal Bourbonnais le mercredi 3 décembre 2014 15:10

Ton histoire me touche beaucoup! J'ai travaillé longtemps dans le monde de la francophonie et depuis 5 ans je navigue dans le monde de l'immersion. J'ai découvert plein de francophones de langue maternelle anglaise et j'ai réalisé que je travaille toujours pour la francophonie mais sous un autre angle! Je pense qu'il faut vraiment créer des ponts entre francophones, francophiles et anglophones.

Ton histoire me touche beaucoup! J'ai travaillé longtemps dans le monde de la francophonie et depuis 5 ans je navigue dans le monde de l'immersion. J'ai découvert plein de francophones de langue maternelle anglaise et j'ai réalisé que je travaille toujours pour la francophonie mais sous un autre angle! Je pense qu'il faut vraiment créer des ponts entre francophones, francophiles et anglophones.
Invité - Alain Bertrand le mercredi 21 janvier 2015 16:30

Bonjour Jacq,

Je viens de découvrir ton texte en faisant une recherche en préparation d'un projet axé justement sur comment mieux rejoindre les Francophones de langue maternelle anglaise en Alberta. Nous estimons qu'il y aurait plus de 160 000 francophones en Alberta qui se définissent comme tel. Continues-ton bon travail et merci de contribuer ainsi à notre francophonie canadienne!

Bonjour Jacq, Je viens de découvrir ton texte en faisant une recherche en préparation d'un projet axé justement sur comment mieux rejoindre les Francophones de langue maternelle anglaise en Alberta. Nous estimons qu'il y aurait plus de 160 000 francophones en Alberta qui se définissent comme tel. Continues-ton bon travail et merci de contribuer ainsi à notre francophonie canadienne!
Invité - Maude le dimanche 22 mars 2015 15:06

Félicitations Jacq! La Francophonie a besoin de plus d'activistes comme toi! La Francophonie, c'est une affaire de langue oui, mais de cœur avant tout! Merci!

Félicitations Jacq! La Francophonie a besoin de plus d'activistes comme toi! La Francophonie, c'est une affaire de langue oui, mais de cœur avant tout! Merci!
Admin le mardi 24 mars 2015 13:55

Bravo , Mlle Jasq ! Bien exprime ! ....Je viens de m'inscrire

Bravo , Mlle Jasq ! Bien exprime ! ....Je viens de m'inscrire :)
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Invité
mardi 15 octobre 2019