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La dictée

La première fois que j’ai vu une dictée administrée, c’était lors du film « M. Lazhar ».  Une canadienne transplantée en France depuis déjà quelques années à cette époque, je m’étonnais avec les élèves du film de l’audace de ce professeur « vieille-école » qui osait utiliser une méthode si démodée. 

Peu de temps après, je me suis retrouvée au Canada face aux élèves de 6e année en immersion française. J’étais bouleversée par leur orthographe souvent méconnaissable. Quoi faire ? Comment aider mes élèves à trouver le chemin à travers les règles, les exceptions et les accords qui font même trébucher les francophones dans leur apprentissage de la langue française ? Peut-être la dictée de M. Lazhar n’était pas si obsolète après tout ? Et encore je n’étais pas convaincue que mémoriser un passage d’Honoré de Balzac serait le billet d’or pour mes élèves. Par où commencer ? 

Au début de mon parcours professionnel, je voulais que la dictée soit la solution magique, mais très vite j’ai constaté que l’approche dite « traditionnelle » n’apportait pas les résultats espérés. En plus, il me semblait que cette méthode n’était pas très appréciée parmi mes collègues ici et je ne voulais pas m’éloigner d’eux. Je l’ai donc abandonnée pendant quelques années pour une approche moins encadrée. Cependant, l’écriture de mes élèves ne s’améliorait guère.

Confrontée de nouveau cette année passée par ce casse-tête, j’ai encore sorti l’idée de la dictée et commençais à peser les arguments « pour » et « contre ». J’ai même demandé de l’aide à mes élèves qui m’ont fourni toute une liste pourquoi une dictée serait avantageuse :

  • On s’entraine au vocabulaire connu
  • On apprend de nouveaux mots
  • Les textes peuvent nous apporter de nouvelles informations ou nous inspirer à en apprendre plus sur un sujet
  • Pour mémoriser l’orthographe des mots communs
  • Pour renforcer les leçons en classe
  • Pour développer les compétences d’écoute
  • Pour écrire plus vite

Leur seul argument négatif était que c’était beaucoup de travail !

En discutant ainsi avec mes élèves, deux choses m’ont interpellée : 1) les élèves ne voyaient pas la dictée d’un mauvais œil, 2) cette méthode dite archaïque pourrait en fait apporter beaucoup d’avantages.  J’ai aussi trouvé intéressant qu’ils aient utilisé le mot « mémoriser ». C’est un mot peu apprécié dans notre monde éducatif d’aujourd’hui où l’on parle « d’établir des liens » et « d’approfondir l’apprentissage » plutôt que d’encourager la mémorisation. Et pourtant, peu importe le moyen utilisé pour l’assimiler, pour savoir écrire un mot correctement, il s’agit vraiment de l’avoir mémorisé, n’est-ce pas ?

C’est alors avec un esprit ouvert et en guise d’expérience scientifique, que mes élèves et moi avons embarqué sur le vaisseau de la dictée l’année passée. On parlait souvent de ce qui marchait bien ou moins bien. On expérimentait avec des passages plus longs et plus courts. On étudiait les familles de mots, les régularités de la langue en contexte et les situations où les accords sont employés. Je voulais surtout qu’en dépensant tant d’efforts, ils éprouveraient au moins le sentiment d’avoir fait du progrès. 

Traditionnellement parlant, la dictée est souvent utilisée en tant qu’évaluation sommative. Mais je voulais enlever la peur qui pourrait y être associée et favoriser la métacognition chez mes élèves. J’ai donc décidé de transformer la dictée en évaluation formative et de leur donner plus d’autonomie. En classe, nous avons pris le temps de réviser le texte ensemble, de discuter de nouveaux mots de vocabulaire et de prendre le temps de s’entraîner aux mots ou expressions difficiles. Au lieu d’administrer la dictée en temps réel, je l’ai enregistrée et je leur ai permis de l’écouter autant de fois qu’ils voulaient et à leur rythme. C’était les élèves eux-mêmes qui la corrigeaient tout de suite afin de rendre l’exercice plus utile pour leur apprentissage. 

Avec un peu de réflexion, je pense continuer avec ce système de dictée avec la classe de cette année, mais avec certaines modifications. Tout en continuant d’associer la dictée avec les leçons de grammaire et les régularités observées dans la langue, je veux tout de même changer comment l’évaluation sera faite. Parce que les élèves abordent le passage de multiples façons, et que ce sont eux qui font la correction, c’est plus logique d’évaluer le processus et l’utilisation des stratégies, que le produit final. Ils essayeront la dictée au début de l’étude ainsi qu’à la fin, pour avoir des points de repère à comparer. De plus, en répondant aux questions de réflexion qui indiquent leurs parcours d’apprentissage, on met l’accent sur l’apprentissage de stratégies pour améliorer l’écriture au lieu de récompenser une copie sans fautes qui est seulement mémorisée pour le jour d’examen. 

Est-ce que j’ai trouvé le la solution en or ? Dans l’enseignement, je préfère voir un chemin parsemé de pépites d’or car nous sommes toujours en train de voyager plus loin sur notre voilier d’apprentissage. Nous sommes dans l’ère de l’innovation et des découvertes. Pourquoi ne pas repenser la dictée pour une nouvelle génération ?

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Comment donner la piqûre de la lecture à vos élève...
French Culture Goes Beyond the Language
 

Commentaires 7

Invité - Xaviérine le dimanche 4 février 2018 17:35

Bonjour Merrillee,
D'abord, la façon dont vous avez revisité la dictée la sort totalement de son cadre traditionnel et lui permet de répondre aux critères de l'approche actuelle. Je me souviendrai toujours de ces dictées que mon enseignante de français de première secondaire nous faisait faire. Les textes n'étaient jamais bien intéressants et ils comportaient toujours trois ou quatre mots qui nous étaient inconnus, ne faisant pas partie du registre courant. Encore aujourd'hui, je me demande à quoi pouvaient bien servir ces dictées qui provoquaient angoisse et frustration dans toute la classe. Ceci étant dit, la formule que vous proposez est bien loin de celle que j'ai vécue. On ressent que votre but n'est pas de gaver les élèves de mots dans lesquels ils ne trouvent pas de sens, mais bien de les amener à se questionner sur le texte qu'ils ont à réécrire, à comprendre la langue.

Bonjour Merrillee, D'abord, la façon dont vous avez revisité la dictée la sort totalement de son cadre traditionnel et lui permet de répondre aux critères de l'approche actuelle. Je me souviendrai toujours de ces dictées que mon enseignante de français de première secondaire nous faisait faire. Les textes n'étaient jamais bien intéressants et ils comportaient toujours trois ou quatre mots qui nous étaient inconnus, ne faisant pas partie du registre courant. Encore aujourd'hui, je me demande à quoi pouvaient bien servir ces dictées qui provoquaient angoisse et frustration dans toute la classe. Ceci étant dit, la formule que vous proposez est bien loin de celle que j'ai vécue. On ressent que votre but n'est pas de gaver les élèves de mots dans lesquels ils ne trouvent pas de sens, mais bien de les amener à se questionner sur le texte qu'ils ont à réécrire, à comprendre la langue.
Invité - Marina le mardi 6 février 2018 22:24

Bonjour,

J'aime bien cette façon d'utiliser la dictée, non pas comme évaluation sommative, mais plutôt comme évaluation formative. Je crois que la dictée traditionnelle est un moyen d'identifier clairement et rapidement les faiblesses des élèves. Par contre, il est important de ne pas donner une tâche inutile aux élèves. S'ils n'ont pas appris tel ou tel mot, l'enseignant doit leur apprendre ce qu'ils ne savent pas. C'est pour cette raison qu'accompagner la dictée de retours sur des points de grammaire et de correction individuelle permet aux élèves d'apprendre plus concrètement à l'aide de la dictée. D'ailleurs, j'aime la façon dont vous avez impliqué vos élèves dans votre choix. En leur demandant leur point de vue, ils peuvent amener des aspects importants auxquels l'enseignant n'aura pas pensé. Les élèves seront également beaucoup plus motivé s'il s'agit, en grande partie, de leur choix.

Bonjour, J'aime bien cette façon d'utiliser la dictée, non pas comme évaluation sommative, mais plutôt comme évaluation formative. Je crois que la dictée traditionnelle est un moyen d'identifier clairement et rapidement les faiblesses des élèves. Par contre, il est important de ne pas donner une tâche inutile aux élèves. S'ils n'ont pas appris tel ou tel mot, l'enseignant doit leur apprendre ce qu'ils ne savent pas. C'est pour cette raison qu'accompagner la dictée de retours sur des points de grammaire et de correction individuelle permet aux élèves d'apprendre plus concrètement à l'aide de la dictée. D'ailleurs, j'aime la façon dont vous avez impliqué vos élèves dans votre choix. En leur demandant leur point de vue, ils peuvent amener des aspects importants auxquels l'enseignant n'aura pas pensé. Les élèves seront également beaucoup plus motivé s'il s'agit, en grande partie, de leur choix.
Invité - Noémie le mercredi 7 février 2018 20:49

Bonjour,

J'ai aimé votre façon de mettre en doute de vieilles pratiques, car cela montre que vous êtes une enseignante qui veut en faire plus pour ses élèves et qui veut réinventer certaines activités pour ne pas que ce soit redondant.

Pour ma part, j’ai toujours aimé les dictées, mais c'est souvent vue comme une activité non originale et désuète. Elle a, tout de même, son lot de bienfaits. En effet, elle permet de classer les élèves selon leurs difficultés, que ce soit en orthographe, en grammaire, en accord, etc. Dans le cadre de séances de tutorat, nous devions donner une dictée diagnostique à nos étudiants. C’était fort utile pour cibler les erreurs fréquentes et pour monter les bonnes activités pour bien aider l’élève à s’améliorer. J'en conviens qu'utiliser cette méthode est plus difficile lorsque nous enseignons à une classe contenant une vingtaine d'élèves.

Au plaisir,

Noémie

Bonjour, J'ai aimé votre façon de mettre en doute de vieilles pratiques, car cela montre que vous êtes une enseignante qui veut en faire plus pour ses élèves et qui veut réinventer certaines activités pour ne pas que ce soit redondant. Pour ma part, j’ai toujours aimé les dictées, mais c'est souvent vue comme une activité non originale et désuète. Elle a, tout de même, son lot de bienfaits. En effet, elle permet de classer les élèves selon leurs difficultés, que ce soit en orthographe, en grammaire, en accord, etc. Dans le cadre de séances de tutorat, nous devions donner une dictée diagnostique à nos étudiants. C’était fort utile pour cibler les erreurs fréquentes et pour monter les bonnes activités pour bien aider l’élève à s’améliorer. J'en conviens qu'utiliser cette méthode est plus difficile lorsque nous enseignons à une classe contenant une vingtaine d'élèves. Au plaisir, Noémie
Invité - Marc Lindsay le jeudi 8 février 2018 00:21

Bonjour Mme Reboullet,

En lisant votre billet, une idée m'est tout de suite venue à l'esprit: la dictée est également un défi face à soi-même. Nous nous retrouvons face à notre feuille, n'ayant que notre propre tête comme outil. Je pense qu'il s'agit d'un aspect difficile à vivre pour l'élève.

Afin de réduire cet aspect de solitude, il serait intéressant d'offrir aux étudiants une correction en dyade. De cette façon, l'élève risque de s'efforcer davantage pour bien paraître devant ses pairs. De plus, les connaissances des deux étudiants se complètent : l'étudiant qui connait bien une règle offrira une explication personnalisée à son camarade, et ce dans des mots accessibles.

Merci de votre partage,

Marc

Bonjour Mme Reboullet, En lisant votre billet, une idée m'est tout de suite venue à l'esprit: la dictée est également un défi face à soi-même. Nous nous retrouvons face à notre feuille, n'ayant que notre propre tête comme outil. Je pense qu'il s'agit d'un aspect difficile à vivre pour l'élève. Afin de réduire cet aspect de solitude, il serait intéressant d'offrir aux étudiants une correction en dyade. De cette façon, l'élève risque de s'efforcer davantage pour bien paraître devant ses pairs. De plus, les connaissances des deux étudiants se complètent : l'étudiant qui connait bien une règle offrira une explication personnalisée à son camarade, et ce dans des mots accessibles. Merci de votre partage, Marc
Invité - Merrillee Reboullet le jeudi 8 février 2018 13:59

J'aime l'idée d'inviter les élèves à travailler en dyade pendant l'apprentissage. En fait, c'est ce qu'ils font souvent en guise de jeu ou partenaire de révision entre les deux dictées. J'ai allongé le temps entre le deux dictées récemment pour permettre plus d'entrainement aux élèves. Je trouve que s'ils voient que l'accent est mis plus sur l'amélioration et la compréhension de la règle d'orthographe que nous étudions que la perfection de chaque mot, il y a moins d'angoisse.

Par contre, je ne suis pas persuadée que les "défis face à soi-même" comme vous dites, sont forcement une mauvaise chose. De temps à autre, nous devons faire le bilan de nos capacités avec honnêteté et avec un désir de toujours élargir nos capacités. C'est peut-être quand nous sommes face à nos défauts que nous faisons plus d'effort pour progresser...

J'aime l'idée d'inviter les élèves à travailler en dyade pendant l'apprentissage. En fait, c'est ce qu'ils font souvent en guise de jeu ou partenaire de révision entre les deux dictées. J'ai allongé le temps entre le deux dictées récemment pour permettre plus d'entrainement aux élèves. Je trouve que s'ils voient que l'accent est mis plus sur l'amélioration et la compréhension de la règle d'orthographe que nous étudions que la perfection de chaque mot, il y a moins d'angoisse. Par contre, je ne suis pas persuadée que les "défis face à soi-même" comme vous dites, sont forcement une mauvaise chose. De temps à autre, nous devons faire le bilan de nos capacités avec honnêteté et avec un désir de toujours élargir nos capacités. C'est peut-être quand nous sommes face à nos défauts que nous faisons plus d'effort pour progresser...
Invité - imed le jeudi 8 février 2018 09:05

Bonjour,
Je trouve que votre idée est géniale, la façon dont vous procédez susciter l’intérêt de l’apprenant. La dictée devient davantage une activité de divertissement ou ce que nous appelons l’apprentissage par le jeu. Toutefois, il faut isoler cet exercice de l’ensemble des autres éléments langagiers, la communication est essentielle et bénéfique certes, mais l’apprenant doit être outillé en lui procurant des stratégies afin d’acquérir non seulement les mots isolés, mais dans un contexte animé où l’apprenant peut concevoir et identifier facilement les règles de la grammaire française.
Merci!
Imed

Bonjour, Je trouve que votre idée est géniale, la façon dont vous procédez susciter l’intérêt de l’apprenant. La dictée devient davantage une activité de divertissement ou ce que nous appelons l’apprentissage par le jeu. Toutefois, il faut isoler cet exercice de l’ensemble des autres éléments langagiers, la communication est essentielle et bénéfique certes, mais l’apprenant doit être outillé en lui procurant des stratégies afin d’acquérir non seulement les mots isolés, mais dans un contexte animé où l’apprenant peut concevoir et identifier facilement les règles de la grammaire française. Merci! Imed
Invité - Gabrielle le jeudi 8 février 2018 16:26

Bonjour et bravo !
Lorsque j’étais élève, je n’aimais pas les dictées, je les détestais parce que je ne comprenais jamais mes erreurs et personne ne me les expliquait; je savais simplement que le mot que j’avais écrit n’était pas correctement orthographié et que je n’allais surement plus avoir la chance de l’utiliser dans une autre dictée ou même un texte, puisque les dictées étaient toujours sur des sujets différents, jamais vraiment en lien avec ce que l’on apprenait et ne tournaient pas autour d’un même thème. J’adore votre idée d’accorder plus d’importance au processus de réflexion et de laisser la chance aux élèves d’apprendre à se corriger eux-mêmes. Je suis certaine qu’ils apprennent beaucoup plus comme cela. C’est important de travailler un peu avec eux le contenu de la dictée avant qu’ils ne la fassent; c’est très bien. De plus, j’applaudis le stress que vous avez « enlevé » à vos élèves en rendant la dictée formative et non plus sommative… comme dans le temps…
Lorsque j’enseignerai, je pense bien que j’adapterai votre idée de dictée à mes élèves.

Bonjour et bravo ! Lorsque j’étais élève, je n’aimais pas les dictées, je les détestais parce que je ne comprenais jamais mes erreurs et personne ne me les expliquait; je savais simplement que le mot que j’avais écrit n’était pas correctement orthographié et que je n’allais surement plus avoir la chance de l’utiliser dans une autre dictée ou même un texte, puisque les dictées étaient toujours sur des sujets différents, jamais vraiment en lien avec ce que l’on apprenait et ne tournaient pas autour d’un même thème. J’adore votre idée d’accorder plus d’importance au processus de réflexion et de laisser la chance aux élèves d’apprendre à se corriger eux-mêmes. Je suis certaine qu’ils apprennent beaucoup plus comme cela. C’est important de travailler un peu avec eux le contenu de la dictée avant qu’ils ne la fassent; c’est très bien. De plus, j’applaudis le stress que vous avez « enlevé » à vos élèves en rendant la dictée formative et non plus sommative… comme dans le temps… Lorsque j’enseignerai, je pense bien que j’adapterai votre idée de dictée à mes élèves.
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mardi 22 janvier 2019