« Les classes immersives s'adressent [...] aux enfants qui ont l'anglais ou une autre langue que le français pour langue maternelle, et qui sont disposés à faire en français une bonne partie de leurs études, avec l'accord de leurs parents. Il ne s'agit donc pas d'un cours de français proprement dit, mais d'un programme d'études où sont enseignées en cette langue diverses matières : mathématiques, histoire, arts et éducation physique, par exemple. L'objectif est d'assurer l'acquisition du français par le biais d'autres disciplines plutôt que par un cours de langue classique. (p. 4) »

Pour Rebuffot (1993), la définition des programmes d'immersion peut varier en fonction du contexte politique, social et linguistique. De manière générale, retenons que l'immersion en français est une forme d'éducation bilingue, dans laquelle le français langue seconde est utilisé pour enseigner différentes matières à tous les élèves d'une même classe (au Canada, ils sont généralement anglophones). C'est l'enseignement de différentes matières en français langue seconde qui donne une couleur unique à l'immersion, par rapport à toutes les autres formules pédagogiques d'enseignement-apprentissage des langues.

On distingue généralement l'« immersion précoce » et l'« immersion tardive ». Dans le premier cas, l'enseignement en français est intensif dès la maternelle (à l'âge de 5 ans) ou en 1ère année. Dans le second cas, l'enseignement en français débute en général au premier cycle de l'école secondaire, mais les élèves étudient encore en français une ou deux autres matières au deuxième cycle. Il ne s'agit donc pas de cours de français supplémentaires, mais plutôt de tout un programme où des matières (mathématiques, sciences, histoire, etc.) sont enseignées en français langue seconde. Il y a aussi des programmes d'immersion moyenne (comme en Ontario) où l'enseignement débute au cycle moyen dès la 4e année.

Pour plusieurs, dont Hautin (2004), Évelyne Billey fait figure de pionnière de l'immersion. En effet, Hautin raconte qu'en 1965, quelques années après son arrivée de France – son pays natal – et à la demande d'un groupe de parents anglophones, Évelyne Billey mit sur pied un programme de français unique (l'immersion précoce, telle qu'on la connaît actuellement) qu'elle enseigna à la maternelle à des élèves anglophones de la ville de Saint-Lambert, au Québec. Évelyne Billey venait ainsi de créer la première classe d'immersion canadienne. Billey, « de par son approche pédagogique novatrice, grâce à son bon sens, sa créativité prodigieuse, ses dons artistiques et son professionnalisme remarquable et légendaire » (Hautin, 2004, p. 10), a réussi à implanter un nouveau style d'éducation qui allait révolutionner l'enseignement du français langue seconde. De 1965 à 1971, elle a continué à enseigner dans un programme d'immersion en maternelle, d'abord à l'école Margaret Pendlebury, puis à l'école Victoria Park, et enfin à l'école primaire Saint-Lambert. L'école primaire Margaret Pendlebury représente donc le berceau de l'immersion au Canada. Néanmoins, c'est lorsqu'Évelyne Billey était enseignante à l'école primaire Saint-Lambert que sa classe d'immersion a été le plus fortement médiatisée. C'est également en grande partie à l'école Saint-Lambert que Lambert et Tucker (1972) ont mené des travaux pionniers sur le potentiel de l'immersion pour l'apprentissage d'une langue seconde.

L'intérêt pour le bilinguisme a aussi connu un nouveau souffle au Canada en 1969 lorsque la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme a publié son rapport final recommandant, entre autres, de faire du français une langue officielle au Canada, au même titre que l'anglais. Depuis l'expérience mise en place par Evelyne Billey et largement mise en évidence par les travaux de Lambert et Tucker (1972), toutes les provinces canadiennes et deux territoires ont adopté des programmes d'immersion en français. La plupart ont été mis sur pied en réponse à l'insatisfaction des parents quant aux programmes de français de base précédemment offerts et en raison de leur désir de voir leurs enfants parler les deux langues. En 1975, cinquante-deux programmes d'immersion étaient recensés dans neuf provinces du Canada. En l'espace de dix ans, les programmes d'immersion dans la province de Québec ont accueilli 18 500 élèves (voir Heyworth, 1999). Aujourd'hui, toutes les provinces offrent ces programmes et plus de 370 000 élèves y sont inscrits dans quelque 2375 écoles.

Il existe actuellement une multitude de programmes d'immersion dont les plus fréquents sont l'immersion totale qui correspond à 100 % d'enseignement en français, l'immersion partielle qui consiste en 50 % d'enseignement en français et 50 % en anglais, ainsi que d'innombrables variantes. Par exemple, le nombre de matières offertes à l'école élémentaire en français peut varier d'une année à l'autre en fonction de chaque programme.

En général, les travaux de recherche réalisés au Canada au cours des 40 dernières années montrent indubitablement que les élèves participant à un programme d'immersion en français réussissent mieux à tous les types d'examens de français que ceux inscrits dans un programme de base en français (voir Lambert et Tucker, 1972; Cummins et Swain, 1986 ou encore Genesee, 1987). De surcroît, les élèves inscrits dans des programmes d'immersion réussissent aussi bien dans leurs études, malgré la présence de la langue seconde, que des élèves inscrits à un programme en anglais (voir Turnbull, Lapkin et Hart, 2001). Par ailleurs, un rapport du Conseil canadien sur l'apprentissage (2007) montre que l'immersion en français est tout simplement le meilleur programme pédagogique pour promouvoir le bilinguisme. Bien que les élèves développent rarement des compétences égales dans les deux langues, l'immersion en français est donc une façon importante de promouvoir la dualité linguistique partout au Canada.